Une vie de souvenirs | une guerre | un retour aux sources – Rwanda #3

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[ Voilà une petite tranche de vie, non pas pour attirer la compassion mais simplement parce que vous avez été nombreux à me demander pourquoi je parlais du Rwanda – pourquoi j’y semblais tant attachée – quelle était mon histoire ?]

Je suis blonde, j’ai le teint clair, j’adore faire du shopping, je suis de nationalité belge, j’ai vécu quelques 18 années en France, j’apprécie mon confort… Mais je crois que si je creuse au plus profond de moi-même, je ne me suis jamais sentie autrement qu’Africaine. J’ai longtemps mis cette perception entre parenthèses, parce qu’il le fallait, parce que la vie a suivi son cours sans m’attendre. Mais j’ai récemment redécouvert cette attache ancrée au plus profond de moi même. Cette attache à la chaleur de la vie africaine, à son peuple convivial, à ses paysages à couper le souffle, à son rythme de vie.

Mon attache à ce pays tient surement à mon histoire, à mes origines. C’est notre patrie familiale depuis des générations… Quand mes grands-parents, mes parents, ma famille me racontent des anecdotes de leur enfance elles sont toutes empruntes d’aventures, gorgées de soleil, et de saveurs exotiques. Je pourrais passer des heures à les écouter, ils me transportent avec eux dans les plaines aux lions, dans les volcans en irruption, dans les bananeraies, à profiter de la vie simplement et de toute ses beautés loin de toute superficialité.

J’y ai vécu 7 ans.. 7 années que j’ai longtemps enfouies loin en moi, loin de moi?

Il me reste quelques flashs.. Qui tendent doucement à se transformer en souvenirs.. Partagés entre douleur et bonheur.. Quelque part entre les deux.. Intenses et doux à la fois..

Douloureux parce qu’on a quitté ce pays dans de terribles conditions… Ça a commencé le 6 avril 1994… J’ai voulu oublier.. J’ai oublié… Aujourd’hui je commence à baisser ma garde, aujourd’hui je peux me laisser aller..Aujourd’hui je suis prête à me souvenir sans me laisser envahir..

Je me souviens de mes parents sur la terrasse qui rentrent tremblants à l’intérieur parce qu’une grenade vient de les effleurer.. Je me souviens de ces nuits rythmées au son des balles, je me souviens du sang qui coulait, je me souviens de mes parents qui jouaient au billard en se disant que ce ne serait qu’une passade, je me souviens des corps mutilés dans les caniveaux, je me souviens de cette ambiance lourde et sombre, je me souviens d’avoir su lire la peur sur les visages, je me souviens de ce camion de marchandises qui est venu nous chercher, je me souviens qu’on a pris juste un sac en se disant qu’on allait revenir, je me souviens qu’on a du se cacher, je me souviens des soldats qui nous entouraient, je me souviens de cet avion de l’armée dans lequel on a été rapatriés..

Images si floues et pourtant si claires parfois… Je ne comprenais pas tout ce qu’il se passait autour de moi, mais j’ai vu… On y était.. En plein dedans.. On a été témoins de ce terrible génocide..

Je me souviens de ces cauchemars qui m’ont hanté pendant un an,
Je me souviens de cette peur viscérale quand j’entendais un feu d’artifice,
Je me souviens de mes parents devant reconstruire leur vie après tout avoir perdu,
Je me souviens de notre tristesse quand on apprenait la disparition tragique d’un ami,
Je me souviens de mes parents qui me disaient que plus jamais ils ne retourneraient là bas…

Et pourtant …

Ce sol rouge fait partie de nous… Notre histoire reste inexorablement liée au sol africain, quand on y pose les pieds on s’y sent simplement chez nous. Ce pays aux milles collines, ce pays où tant de choses restent à découvrir, ce pays où le peuple a peu à offrir mais est prêt à tout donner, ce pays où le sourire ne quitte aucun visage…

J’y suis retournée pour la première fois il y a deux ans.. Rejoindre mes parents qui sont repartis s’y installer.. Un peu perdue, entre appréhension et envie.. Comment un pays peut-il se relever d’une telle épreuve?

Et quel bonheur !! Quel bonheur de se rapprocher des bonheurs simples et sains de la vie. Quel bonheur de redécouvrir cette vie dont j’avais tant entendu parler. Quel bonheur de discuter avec avec un inconnu en toute simplicité. Quel bonheur de se sentir en sécurité partout et tout le temps. Quel bonheur de trouver une nature encore si belle et préservée.

Même si après toutes ces années il m’est encore impossible de regarde un film comme Shooting Dogs, même si aujourd’hui ma sensibilité est toujours exacerbée quand on me parle génocide, même si aujourd’hui je comprends… Quel bonheur de t’avoir retrouvé, toi, Rwanda ! Je n’en avais aucune idée mais tu m’avais manqué…

Pour le plaisir, parce que j’adore … un morceau de Wyclef Jean à propos de tout ça …

4 thoughts on “Une vie de souvenirs | une guerre | un retour aux sources – Rwanda #3

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